Brésil...Jeunes en colère ou ‘rêveurs de liberté’

 
"On ne voit bien qu'avec le cœur.
Le plus important est invisible pour les yeux."
Antoine Saint-Exupéry
 
 
Nous terminons le premier semestre 2020, mais je voudrais vous inviter à voyager dans le temps, à reculer d’un pas  et repenser à l’année 2019, qui, riche d’expériences, a marqué ma vie.
 
Dieu est le maître des surprises et se manifeste dans les situations, les événements ou même les personnes les plus inattendus. Tout ce qu'il touche a une signification profonde. Sa présence touche, change et brise la carapace des cœurs les plus durs ... Pourquoi? J’y arrive!
 
Les études sociales m'ont permis de connaître un établissement socio-éducatif - le Centre Dagmar Feitosa- destiné aux jeunes mineurs en conflit avec la loi. Ce régime fermé ou « maison de correction », est destiné aux jeunes hommes de 16 à 18 ans, coupables de différents délits: trafic de drogue, règlements de comptes entre gangs aboutissant dans la plupart des cas à des meurtres, vols avec violence, viols etc.
 
Dans ces cas, comme ils sont mineurs, la législation brésilienne prévoit un internat éducatif comme mesure de réinsertion. La plupart d'entre eux avaient déjà quitté l'école enfants, consacrant tout leur temps à une nouvelle ‘’famille", le gang.
 
Mais je ne veux pas écrire sur le Centre, plutôt sur ses "habitants". Des jeunes en colère, mais à vrai dire des chercheurs de bonheur et d'amour. Dans de nombreux cas, forcés par l'injustice sociale, ils ont "décidé’’ d'appartenir au monde criminel, où ils trouvaient les espoirs illusoires de leurs rêves et de leurs désirs. Le prix qu'ils ont payé était amer et même tragique. Les statistiques montrent clairement que les décès dus aux gangs sont la principale cause de décès chez les jeunes au Brésil.
 
Leurs témoignages émouvants montrent l'ampleur des souffrances. Issus de familles pauvres, ils n'ont pas eu la possibilité de satisfaire leurs besoins même les plus élémentaires, sans parler des autres. Plusieurs fois, lors de conversations sur la responsabilité de leurs propres choix ou décisions, ils m’ont répété, unanimes: « Nous n'avions pas le choix! Nos familles étaient affamées et un "invité" dans la rue nous a proposé de vendre la marchandise (la drogue) - 1 000 R $ par nuit ... Pensez-vous que j’ai eu le choix ? »... Il ne reste que deux options: la prison ou la mort.
 
Mais ces mêmes jeunes, après quelques mois au Centre, une fois aidés à créer leur propre projet de vie avec des buts et des horizons lumineux, ont changé de ’’disque’’. Ils ont commencé à écouter d'autres types de musique et même à composer leurs propres morceaux ... Ils ont commencé à rêver! Et des miracles se sont produits ... nous l'avons vu !
 
J'ai terminé mon stage avec un projet d’intervention : 'Rêveurs de liberté'. "Le Petit Prince’’ d’Antoine Saint-Exupéry est entré en action. L'art théâtral a été le prétexte de nos rencontres : une provocation à penser, à partager, à voir sa propre beauté et sa valeur. De nombreuses semaines de rencontres ont porté leurs fruits.
 
Le fruit, ce furent des larmes ... les larmes les plus pures de celui surnommé « bandit » dans la société!
 
À la veille de la première du ‘Petit Prince’, le principal acteur a pris part à une bagarre et a été puni. En colère contre tout le monde, il a menacé de démissionner ..... Choc et panique: acteurs préparés, invités,  parents et mes professeurs invités, tout est bouclé... Si encore c'était un acteur secondaire, mais le Petit Prince lui-même s’est obstiné et a abandonné la responsabilité de ce qu'il avait apprivoisé.
 
Toute une  nuit blanche, car je suis devenue "la Petite Princesse ", mémorisant les textes du Petit Prince ... Le but du projet était depuis longtemps réalisé. Nous avions atteint l'objectif souhaité lors des réunions thématiques. Mais il était impossible de décevoir le reste des garçons qui avaient déployé tant d'efforts et attendaient ce jour avec fierté pour montrer à leurs parents qu'un changement est possible.
 
 
Le moment est venu ... et le Petit Prince est revenu. Et probablement en lui le changement a également eu lieu! Sur le visage du "bandit" coulaient les larmes les plus pures d'émotion... de désirs ... de changements ? Je ne sais pas. Mais je sais une chose, c’était le  plus beau cadeau que j'ai reçu! Des larmes coulaient sur l'épaule de sa mère!
 
Personne n'a un cœur de pierre, personne n'est si mauvais qu'il ne puisse avoir une autre chance ... Parce que vous ne pouvez voir qu'avec votre cœur. Le plus important est invisible aux yeux ... Dieu n’est-il pas ainsi? Ne voit-il pas ce que les autres ne voient pas? "Ne considère pas son apparence ni la hauteur de sa taille, car je l’ai écarté. Les vues de Dieu ne sont pas comme les vues de l’homme, car l’homme regarde à l'apparence, mais Dieu regarde le cœur" (1 Sam 16,7).
 
La pièce s'est terminée avec les mots d'Agusto Cury, qui sont venus non seulement des lèvres mais aussi du cœur de nos ‘Rêveurs de liberté’:
 
Sans rêves, la vie est grise.
Sans objectifs fixés, les rêves n'ont aucune base.
Sans priorités, les rêves ne deviendront pas réalité.
 
Rêve, fixe des objectifs, fixe des priorités
et prends le risque de réaliser tes rêves.
Il vaut mieux se tromper et essayer
que se tromper et abandonner.
 
Sr Ilona fmm, Brésil
 
 
 
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