Former la femme de l’Amazonie péruvienne

Cette année l'Eglise regarde l'Amazonie. Un synode spécial réfléchit sur la situation d'injustice dans laquelle vivent les communautés autochtones, et pour défendre la terre et les cultures de cette immense région qui couvre 9 pays d’Amérique Latine.

Les Franciscaines Missionnaires de Marie ont posé leur regard sur l’Amazonie péruvienne il y a cent ans. Elles ont accepté le défi de l’évangélisation dans ce vaste territoire et se sont lancées dans l’aventure de pénétrer dans cette zone inconnue et dangereuse. Elles ont vu les besoins, le peuple marginalisé, et elles ont voulu répondre en prenant des risques pour la difficile et périlleuse mission d’ouvrir une brèche en pleine forêt. Qu’allaient-elles faire là-bas ? L’objectif était clair. Depuis environ dix ans, les pères franciscains qui avaient une mission dans cette zone, demandaient à la supérieure générale l’envoi de sœurs pour évangéliser et former les fillettes et les jeunes filles qui vivaient dans des maisons dispersées sur les fleuves. Elles seraient les ‘mères de demain’, et comme l’écrivait le Père Augustin Lopez Pardo : « Seule la femme peut transformer la femme. C’est pourquoi nous avons pensé aux religieuses ».

A la fin de 1919, quatre sœurs se sont lancées dans l’aventure d’un long voyage de vingt jours, rempli de risques, de dangers et de surprises, traversant la Cordillère des Andes en mules, descendant jusqu’au fleuve Ucayali, pour avancer en canoës et en barques jusqu’au village de Requena, centre de la mission franciscaine. Il fallait former la femme. Elles commencèrent avec une école et un internat pur les fillettes qui étaient complètement ignorantes. Tâche difficile, mais les sœurs l’accomplirent au milieu des privations et des souffrances que supposent le climat, l’isolement, le manque de moyens. Elles ont éduqué, enseigné, jour après jour, même si les résultats n’étaient pas toujours positifs. Les sœurs savaient qu’elles travaillaient pour que plus tard ces enfants soient, dans des lieux reculés, le germe et le ferment d’une nouvelle génération de femmes capables de faire face aux situations de pauvreté, de marginalisation et d’ignorance. Au long des années, l’œuvre d’éducation s’amplifia. D’autres sœurs arrivèrent, de nouveaux locaux furent construits pour les classes. L’enseignement secondaire fut ouvert, et plus tard une école pour former les enseignantes. L’internat fut rempli d’enfants qui venaient de tous les coins de la région amazonienne. Les jeunes sortaient de l’école avec un nouveau bagage pour affronter la vie, comme des femmes capables d’aller de l’avant, que ce soit dans les études, le travail ou la maison. Et surtout elles avaient grandi dans la foi chrétienne. Quelque chose de nouveau avait surgi en Amazonie.

Cent ans sont passés. L’objectif tracé au début de former la femme est toujours actuel parce que c’est ainsi que l’on peut créer une famille chrétienne et avoir une influence dans la société. Requena est aujourd’hui une ville qui a tous les services élémentaires et technologiques, mais dans le contexte de la société actuelle les jeunes surtout se trouvent exposés à des situations dangereuses comme les viols, souvent dans la famille, des engagements précoces en couples voulus par les parents, des grossesses prématurées et beaucoup de mères célibataires, ce qui génère de la pauvreté dans les familles. Les adolescentes font l’objet d’abus sexuels, de trafic de femmes pour la prostitution, et sont entrainées par l’ambiance dégénéré du sexe, de la drogue, de l’alcool. Ce sont des situations que l’on trouve fortement dans cette région et qui mettent les enfants et les jeunes en danger constant. Face à cela nous sommes interpellées comme Franciscaines missionnaires de Marie, comme femmes et comme chrétiennes formatrices de ces jeunes filles. Nous continuons à éduquer et à former les élèves dans le collège « Marie Immaculée ». Nous essayons d’atteindre les familles des étudiantes à travers ‘l’Ecole des parents’. Avec l’aide d’un psychologue et des éducateurs nous formons chaque adolescente.

Actuellement 920 élèves sont dans ce centre, en formation initiale, primaire et secondaire. Nous donnons la priorité à la formation aux valeurs humaines et chrétiennes à travers l’éducation de la foi, même si cela est un défi, parce que certains groupes religieux trompent les jeunes. Nous essayons de leur donner un niveau suffisant dans leurs études pour qu’elles puissent entrer à l’université. Le collège est reconnu par les autorités de la Région, non seulement pour la qualité des études mais aussi pour la formation morale et religieuse donnée aux jeunes. Devant cette réalité, étant à Requena, la mission la plus éloignée du Pérou, nous avons confiance que la graine que nous semons depuis plusieurs générations donne du fruit.

Nous continuons, parce que c’est Jésus qui nous invite à aller de l’avant, en cherchant à éliminer "le vieux levain pour que lève une pâte nouvelle", comme le disait le Pape François en nous invitant à nous dépouiller du « vieil homme pour revêtir l’homme nouveau » (Col. 3, 9.10). C’est seulement ainsi que nous pourrons continuer la mission que Dieu nous a confiée à travers l’Institut. Beaucoup de choses ont changé mais l’objectif reste le même. L’exemple des sœurs qui nous ont précédées, le courage et l’engagement qu’elles ont montrés dans les débuts, nous motivent aujourd’hui pour poursuivre la tâche. Nous voulons continuer à répondre à la demande des premiers Franciscains « transformer la femme », en faire des femmes chrétiennes, conscientes de leur dignité, capables de faire avancer leur pays, leur village. C’est ce qui a été obtenu pendant les cent années de travail des Franciscaines missionnaires de Marie qui ont passé le meilleur de leurs vies dans l’Amazonie Péruvienne.

Communauté fmm de Requena

 

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