samedi, 25 avril 2020 14:52

Une longue retraite imprévue, et pour combien des jours?

Confinées d'une manière particulière, nos soeurs en EHPAD témoignent...

 

Confinés – Confinement, voilà les mots d’une situation que tous nous ne sommes pas près d’oublier, mais que chacun vit à sa manière !

L’évènement a surgi pendant le Carême ; pour nous, Chrétiens, pour moi, religieuse, je suis entrée dans une retraite imprévue, et pour combien de jours ?

En Ehpad, les directives sont claires pour le confinement en chambre. Il s’agit de s’y conformer plus ou moins facilement. Nous n’avons pas toutes les données du problème, nous ne connaissons pas tous les enjeux de la situation.
J’ai organisé mes journées : longs moments de solitude pour la rumination de la Parole de Dieu et pour porter un regard sur le monde. La planète est malade, nous avons saccagé la création. Tous coupables : pas question de voir le diable à chaque pas, il y a mieux à faire. Personnellement je tricote pour une association : c’est un plus qui remplit mes journées et adoucit le confinement. Pour dire vrai, c’est simplement la « mission » autrement, en attendant d’en sortir !

Sr Agnès fmm, Lille

 

 

 

Confinement, au début le mot même fait peur.

C’est une certaine rupture avec la vie quotidienne, faites de rencontres, d’allées et venues, un besoin des autres. C’est aussi une rencontre un peu forcée, au départ avec soi-même dans un même cadre, sa chambre. Une véritable retraite, sans liturgie commune, notre chapelle, la messe quotidienne, les rencontres communautaires et celles avec les résidents.

Plus de visite.

Petit à petit je vis cela avec une grande solidarité, au niveau de la maison où je suis avec la communauté, les résidents, le personnel, la direction qui fait son possible pour éviter la contagion. Au niveau aussi de la famille, des amis, les voisins, le pays, le monde.

Je fais une prise de conscience pour tous ceux qui dans l’ombre donnent tout pour soulager et sauver les humains. En fait pour tous les petits métiers, comme nous aimons le dire, qui cachent tant de dévouement et d’amour à longueur de vie.

C’est un besoin de relire sa vie, son engagement pris dans un Institut depuis de longues années dans les missions où j’ai été envoyée. Le coronavirus n’est pas une pénitence, mais peut être un temps donné d’arrêt, pour reprendre, de lire, réfléchir à la lumière de l’Evangile et toutes les réflexions que nous proposent l’Institut, un bouleversement, pour notre mission dans ce monde d’aujourd’hui.

Cela devient action de grâces, en étant attentive aux « clins Dieu » qu’il met sur notre chemin, des petites étincelles d’Amour, et comme nous le montre le printemps et ses merveilles. La vie aura toujours le dernier mot sur la mort.

Alors je pense qu’un chemin de conversion peut s’ouvrir, et renforcer en moi le besoin de suivre le chemin du Ressuscité. Beaucoup de travail qu’on ne peut faire seule, mais besoin de Dieu et des autres. Se regarder telle que je suis, il est nécessaire aussi de se rappeler la chance qui est nôtre là où nous vivons et que beaucoup n’ont pas.

La mission aujourd’hui est au centre de notre don et de notre cœur. La prière en fait pleinement partie tout simplement. Vivre la mission là où l’on est. Cela nous conduit à une réflexion sur nous même, les autres et la société, le monde actuel.

Il faut prendre le temps. Saisir la chance qui nous est donnée, sans oublier ceux qui souffrent, ceux qui partent et ceux que nous aimons.

Nous sommes tous responsables. Une des vertus nécessaires à pratiquer c’est la patience.

Sr Jeanine fmm, Marseille

 

 

 

Religieuse vivant dans un EPHAD, j’expérimente, comme beaucoup, le confinement. Il y a eu des étapes, c’était un peu comme une tapisserie avec des tons allant du clair au plus foncé. La couleur rosée étant la première, interdiction de sortir de la propriété, ce fut le plus révoltant, je ne comprenais pas pourquoi, le virus n’étant pas dans l’air, alors ? Couleur rose plus foncée, il ne fallait plus se promener dans le parking attenant à la maison, couleur ocre, plus de repas à la salle à manger, d’où isolement d’avec les résidents. Couleur rouge confinement total dans les chambres.

Nous sommes une communauté de 18 dont 15 sont au rez-de-chaussée, nous ne pouvons pas même aller voir nos sœurs du couloir. A l’extrémité de celui- ci se trouve la Chapelle désespérément vide, c’est triste, heureusement, le soir la responsable expose le St Sacrement et à travers nos écrans nous pouvons adorer le Seigneur présent au milieu de nous. Le prêtre résidant qui nous assure l’eucharistie habituellement est confiné au deuxième étage. Nous avons l’immense privilège d’avoir la télé dans nos chambres, le matin nous suivons la célébration eucharistique présidée par le pape François, nous sommes ainsi en communion avec beaucoup de nos sœurs et de personnes qui font de même.

Nous remercions les responsables de la chaîne KTO grâce aux programmes diversifiés notamment sur le plan spirituel, théologique, biblique, Ils nous aident à vivre cette épreuve de solitude. C’est un temps de retraite spirituelle, je le vis comme cela, j’apprends aussi à mieux me connaître à mieux accueillir mes richesses et mes pauvretés. Le Seigneur passe, je ne dois pas rater ce rendez-vous. Le plus douloureux peut-être, c’est de sentir mon impuissance devant tant de détresse et de constater combien je suis privilégiée.

Nous sommes séparées des autres résidents et n’avons guère de nouvelles de ceux-ci, il faut l’assumer, par contre des enfants du voisinage nous ont envoyé des dessins pour nous souhaiter bon courage, nous restons ainsi en contact avec nos voisins les plus proches. Ce carême spécial m’aide à mieux me préparer aux fêtes pascales qui approchent. Oui, je le dis avec plus de conviction aujourd’hui, Christ est vraiment ressuscité, il est vainqueur de la mort, de toutes morts. Des solidarités nouvelles ont vu le jour, signes d’espérance et de joie. Confiance...

Sr Annick fmm, Lille

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