vendredi, 25 décembre 2015 00:00

COP 21: La Conférence de l’espoir

Du 30 novembre au 12 Décembre 2015, La Conférence des Parties pour la Convention-cadre sur les changements climatiques s’est réunie à Paris. Nommée COP 21, cette 21ème session avait un enjeu majeur : décider quelles mesures mettre en place pour limiter le réchauffement climatique à 2°C avec un accord universel et contraignant qui prendra effet à partir de 2020. En tant que membre de Franciscans International, j’ai participé à cette conférence.

En collaboration avec le bureau JPIC OFM de Rome, un séminaire franciscain a rassemblé pendant une semaine une vingtaine de franciscains religieux et laics. La COP 21 a permis une prise de conscience de la réalité mondiale des changements climatiques, la rencontre de diverses ONG, la participation à des conférences, des temps de prière interreligieux. Pour sa part, Franciscans International a co-sponsorisé une table ronde sur la question des gas de schiste et a participé en tant que panelliste à une autre conférence pour réaffirmer que les principes en matière de droits humains doivent être au coeur de l’élaboration des politiques internationales sur le changement climatique. Les gouvernements, unanimement, reconnaissent que le changement climatique est un des problèmes majeurs, avec le terrorisme, qui doit être traité sérieusement et sans délai.

Que contient ce premier accord universel sur le climat? Un préambule, des décisions (140 paragraphes) et l’Accord de Paris avec 29 articles. Le préambule insiste sur la reconnaissance urgente de faire face aux changements climatiques avec la participation de tous les acteurs de la société civile. Il est fait mention que les Parties “devraient, lorsqu’elles prennent des mesures pour faire face à ces changements, respecter, promouvoir et prendre en considération leurs obligations respectives concernant les droits de l’homme..” . Nous déplorons que cette mention n’apparaisse que dans le Préambule, ce qui affaiblit la portée de ce texte. Il est à noter la mention de l’objectif des 2°C à ne pas dépasser et même l’intensification des efforts à mener pour ne pas aller au delà des 1.5°C. Cette limite de température a été fortement demandée par les pays insulaires qui sont les plus menacés. En 2013, lors de la Conférence de l’ONU sur le climat qui s’est tenue à Varsovie, les pays s’étaient mis d’accord pour avoir des contributions prévues déterminées au niveau national. Ces contributions sont un engagement de chaque pays à prendre des mesures pour limiter les émissions de gaz à effet de serre avec le principe de différentiation qui prend en compte la différence des pays. Une évaluation sera faite tous les 5 ans à partir de 2023. Les contributions seront évaluées, mises à jour et augmentées. Les Parties notent avec “préoccupation” que les contributions nationales actuelles ne permettent pas de contenir les températures à 2°C. Le texte mentionne explicitement le taux d’émission de de 55 gigatonnes en 2030 avec la trajectoire actuelle, alors qu’il faudrait être à 40 gigatonnes. (para 17).
Un premier dialogue de facilitation entre les Parties sera organisé dès 2018 pour “faire le point sur les efforts collectifs déployés”(para 20).
Le groupe d’experts sur le climat est invité à présenter un “rapport spécial en 2018 sur les conséquences d’un réchauffement planétaire supérieur à 1.5°C.”

La mise en place des contributions nationales, mécanisme qui est bien structuré et publiquement affiché, est une incitation forte pour les pays à prendre leurs responsabilités et à s’engager sur le long terme. (para 36).
Dans la partie Pertes et Préjudices, mécanisme qui a été créé à Varsovie en 2013, il est question de permettre aux pays de faire face aux risques. Cela implique un volet financier d’assurances. Le comité éxécutif chargé de la mise en oeuvre de ce mécanisme doit aussi fournir des “recommandations relatives à des démarches intégrées propres à prévenir et réduire les déplacements de population liés aux effets néfastes des changements climatiques.”(para 50).

Avant 2020, les Etats doivent redoubler d’efforts pour renforcer les mesures d’atténuation et d’adaptation. Au coeur de cette action, le Programme d’action Lima-Paris joue un rôle essentiel, incluant les actions des acteurs non-étatiques.
Dans tout ce processus complexe et multi-partenarial, l’aspect technique , scientifique est omniprésent grâce au travail d’experts chargé d’effectuer des examens techniques sur les politiques, stratégies et mesures prises (para 130,a)
La participation des acteurs non-gouvernementaux est mentionnée :“reconnait la nécessité de renforcer les connaissances, technologies, pratiques et activités des communautés locales et des peuples autochtones destinées à faire face et à répondre aux changements climatiques” (para 136)
Sur le prix du carbone, la décision (para 137) souligne l’utilité du prix du carbone pour inciter à la réduction des émissions.
En annexe, l’accord de Paris comprend 29 articles. Le préambule mentionne le respect des obligations concernant les droits de l’homme, fait référence aux modes de vie durable, à la création d’emplois décents, à un accès équitable au développement durable, à la protection de la sécurité alimentaire, l’importance de l’éducation et de la participation du public. Il est à noter que la notion de “Terre nourricière” et celle de “justice climatique” sont reconnues par certaines cultures. Ces deux notions ne reçoivent pas l’unanimité.
L’objectif de l’accord est clairement défini: contenir l’élevation de la température moyenne de la planète nettement au dessous de 2°C et même poursuivre l’effort pour limiter à 1.5°C.
L’effort demandé aux pays en voie de développement à travers les contributions déterminées au niveau national devra être en progression constante, tandis que les pays en voie de développement devront fournir des résultats en fonction de leurs capacités et dans le temps.
L’accord prend en compte les différences entre les pays, réaffirmant le principe des responsabilités communes mais différenciées. Il mentionne à plusieurs reprises le lien avec le développement durable à poursuivre et la lutte contre la pauvreté.
L’article 9 est consacré aux sources de financement et requiert un apport substantiel de la part des pays développés. Ces derniers doivent communiquer tous les deux ans des informations qualitatives et quantitatives sur les ressources financières pour l’aide aux pays en voie de développement. Ce point est crucial et démontrera le réel engagement des Parties à cet Accord.
Quoiqu’il en soit, un premier bilan mondial sera fait en 2023 puis tous les cinq ans.(article 14).

 Quelques réflexions personnelles à l’issue de cette Conférence de l’espoir

Depuis Copenhague en 2009, l’humanité a été victime de désastres naturels, d’évènements climatiques extrêmes de façon accrue. Une prise de conscience globale émerge plus fortement. Les pays les plus touchés (petits pays insulaires, les pays de l’hémisphère Sud) dénoncent clairement les effets des changements climatiques. La société civile s’est mobilisée pour Paris et parmi elle, la voix des responsables religieux s’est fait entendre sous la conduite du Pape François qui a délivré un message sans équivoque avec l’Encyclique “Laudato Si”. Les croyants de toutes dénominations se sont engagés. Des milliers de pélerins ont convergé vers Paris. Des centaines de villes dans le monde entier ont participé à la COP 21 par des actions locales de sensibilisation. Les gouvernements n’ont pas pu ne pas entendre la voix de leurs peuples. Eux-mêmes ont été convoqué pour le premier jour de la conférence ( une première!) et ont délivré des discours forts et clairs: il est temps d’agir maintenant ensemble pour le climat.
Il est clair que le contexte favorise une telle démarche universelle qui oriente l’avenir de toute l’humanité pour les décennies à venir. Il faut cependant entendre la voie minoritaire des climato-sceptiques, des désabusés ou de ceux qui considèrent cet évènement comme du déjà-vu: on ne peut rien attendre des Nations Unies, ni des gouvernements…
La conférence de presse durant la COP 21 donnée par le Vénézuela est révélatrice. Ce pays refuse de donner sa contribution nationale en affirmant ne pas vouloir être complice d’un accord qui va causer morts, dommages et destructions en laissant la température s’élever à 3 ou 4°C. Le Vénézuela accuse les Pays du Nord de n’avoir pas respecté leurs engagements financiers antérieurs et se montre donc sceptique sur leurs futurs engagements.
La Conférence de Paris n’a pas masqué les récurrentes divergences et les désaccords entre les pays développés et les pays en voie de développement. Si les premiers ont tenté durant les négociations de limiter ou effacer leur responsabilité historique, les derniers n’ont cessé de rappeler les principes d’équité et de responsabilité commune mais différenciée de la Convention Cadre pour les Changements Climatiques de 1992.
Quoiqu’il en soit, un pas a été franchi: les changements climatiques, reconnus unanimement comme une des problématiques globales, doivent être pris en compte par l’ensemble des acteurs de la société en respectant la diversité, les responsabilités, les potentialités.
Le Pape François ne dit pas autre chose quand il affirme: “Qu’en est-il de la politique ? Rappelons le Principe de subsidiarité qui donne la liberté au développement des capacités présentes à tous les niveaux, mais qui exige en même temps plus de responsabilité pour le bien commun de la part de celui qui détient plus de pouvoir….Nous avons besoin d’une politique aux vues larges, qui suive une approche globale en intégrant dans un dialogue interdisciplinaire les divers aspects de la crise. » (Lettre Encyclique du Pape François, « Laudato Si », 196, 197)

Les enjeux demeurent immenses. Une impulsion a été donnée. Tout est à faire. Plus que jamais, dans ce contexte international si délétère, sous peine de voir notre humanité sombrée dans la violence et l’autodestruction, nous sommes appelés à un sursaut de courage et d’ouverture pour construire un monde de paix et de justice. Tous, au niveau de responsabilité qui est le nôtre, nous sommes questionnés et invités à agir. Le temps n’est plus à la critique stérile, mais à la responsabilité active.
Nous devons entendre la voix de ceux qui peuvent nous inspirer aujourd’hui. Thomas Berry est l’un de ceux-là. Reconnaissant les grands dommages que l’Etre humain inflige à la planète, il nous invite à prendre notre part en comprenant toujours davantage notre place dans l’Univers et en créant un futur soutenable pour nous-mêmes et toutes les créatures auxquelles nous sommes reliés. C’est le « grand travail » de notre génération. « Nous devons apprendre que nous sommes en communion en tant que sujets et non pas une collection d’objets. »

Sr Odile Coirier, fmm
Franciscans International (New York)

 

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