A l’école des pauvres…

 

Toute ma vie, j'ai eu le privilège de fréquenter les très pauvres : handicapés physiques ou mentaux, vieillards, habitants des quartiers de misère, réfugiés, sinistrés... Je me suis souvent posé la question : qu'est-ce qui fait vivre encore ?
D'où vient le sourire merveilleux de cet enfant handicapé profond dont la vie sans relief se passe dans un lit d'un asile ? Ce sourire qui efface toutes mes tentations de traîner mon quotidien. Et d'où l'enthousiasme de ce garçonnet amputé de jambe qui projette de rejouer au foot avec sa prothèse ? D'où le bonheur profond de ce vieillard hémiplégique devenu gênant pour les siens ? Lui, il me donne sa clé (afin que je puisse l'utiliser) : « tu dis "rendons grâce à Dieu" et tu te sens heureux ». Merci, mon frère musulman. Je crois en effet que la joie des très pauvres se situe à un niveau si profond qu'elle s'exprime sans beaucoup de mots. 

Du plus profond de sa désespérance, Leila observe : « je sais qu'après la nuit, il y a le matin ». Ce simple regard sur le jour quotidien invite sa confiance, son courage, son effort pour la vie. Etre enceinte une cinquième fois alors qu'elle vit dans le plus grand dénuement, est-ce une panique pour Salwa ? Comment le vit-elle ? « Un bonheur » dit-elle spontanément. C'est plus profond en elle que l'angoisse du lendemain. Et ce qui décuple les élans, ce sont les liens avec les autres. Les liens qui permettent de donner - comme c'est bon ! - et pas seulement de recevoir. Les liens qui permettent de faire la fête, d'offrir à la joie profonde de s'exprimer, de se partager, de devenir tellement belle ! Vont même jaillir des poèmes, des chants, des danses, toutes sortes d'œuvres d'art en hymne à la vie.

  

De cette banlieue défavorisée de Beyrouth où j'ai passé beaucoup d'années à l'école des pauvres, me voici aujourd'hui à Paris pour un temps "sabbatique". Après tant d'années hors de France, qu'est-ce qui retient mon regard ? Qu'est-ce qui m'invite à la joie ?

Paris m'impressionne par la multitude d'engagements solidaires qui y sont vécus, par des gens de tous âges et beaucoup de jeunes.
Je vois cette société dynamique, tournée vers les autres, généreuse.
A ma petite place, j'ai participé à des temps de rencontres amicales avec des personnes habitant la rue. J'y ai fait beaucoup de découvertes, j'ai été accueillie avec amitié ; nos regards, nos paroles ou nos moments de silence se sont croisés en un tissu humain qui m'a remplie de joie.

Quand François d’Assise s'est arrêté pour être proche du lépreux « ce qu'il avait cru si amer fut changé pour lui en douceur de l'âme et du corps ». Et puis, un jour, il a parlé de joie parfaite...

 

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