Partage derrière les barreaux - Pologne

Chaque rencontre est différente. Nous ne restons jamais sans rien faire car il y a jusqu’à 1.200 prisonniers ici. Un vrai mélange : hommes et femmes ; ceux qui ont été arrêtés et attendent la décision de la cour ; ceux qui purgent leur première peine et les récidivistes ; ceux qui peuvent travailler à l’extérieur ou suivre des cours et ceux qui sont en stricte isolation, sous constante surveillance. En plus de cela, nous allons aussi dans la prison pour jeunes mineurs. Là, avec des volontaires, un groupe d’étudiants d’université et de jeunes travailleurs, nous avons des rencontres sur le drame biblique, basé sur le projet de Joseph Côté, utilisé par nos sœurs à la prison de Londres. Les délinquants juvéniles (14 à 18 ans) sont condamnés pour des crimes vraiment graves, la plupart pour avoir tué ou participé à des crimes organisés. Ils sont en attente du jugement final et rêvent de la condamnation légère d’une maison de correction ; le jour où ils atteignent 16 ans, ils vont dans une prison pour adultes (c’est ce qui arrive en cas de meurtre délibéré). Quand ils ont 18 ans, ils sont susceptibles d’aller vers une prison plus sévère.
 
Souvent, il y a tant de tristesse dans les yeux des garçons, mais ils viennent volontiers au groupe. « Viendrez vous nous chercher nous aussi, ma Sœur ? Ils disent que nous sommes les pires, ils ne veulent pas de nous. » Ces ado, après avoir raconté ce qu’ils ont fait, ne demandent pas directement, comme les adultes : « Reviendrez-vous, ma Sœur ? » Pour eux la question est seulement dans leurs yeux. Je me souviens de l’un d’entre eux, m’approchant avec précaution : « Vous savez, ma Sœur, je viens de Czestochowa », « Vraiment ? Et combien de temps allez- vous être ici ? » « Six mois » « Eh bien, lorsque vous partirez, vous pourriez aller là-bas. Vous verrez l’icône de Notre Dame et vous la remercierez pour votre liberté. Cela vaut bien un effort». « Mais vous n’avez pas demandé quand je vais vraiment quitter ces lieux. » « O.K. Alors, quand allez vous sortir ? ». « Je suis ici jusqu’à mes 16 ans, mais condamné jusqu’à 21 ans». Voilà quels sont nos propos. Une autre fois Arthur ne cessait de me dire qu’on l’appelait « La tête » et cela avait un lien avec un paragraphe. Bien que je me sois donné la règle de NE PAS demander pourquoi ils sont là, cette fois j’ai éventuellement cédé et demandé quel était ce paragraphe : « 148 » répondit-il rapidement. Puis immédiatement j’ai vu ce regard « Et maintenant ? Allez vous m’accepter, me sourire de nouveau ou vais-je être rejeté ? ». Comment pouvez-vous écouter cela ?
 
Arthur est en prison pour un meurtre particulièrement cruel. Mais son regard n’est pas cruel. Le garçon a peur. D’abord, il a peur de lui-même, et ensuite peur d’être rejeté par tous ceux qui l’entourent. Je sais que ma réponse a une grande importance pour lui. Et c’est difficile. Evidemment, il ne s’agit pas seulement de Sœur Maria. Je suis consciente que mes mots passeront doucement comme venant de Dieu Lui-même. Malheureusement ou heureusement ? Comment pouvons nous écouter toutes leurs histoires tordues ? Parfois ce n’est pas facile et mes réactions varient. Récemment, l’un d’entre eux, voyant ma figure, demanda : « Je vous raconte des choses horribles, n’est ce pas ? » « Oui, c’est ce que vous faites. » Une soeur m’a une fois donné un très bon conseil. A ce moment-là je n’en pouvais plus de toutes ces histoires. « Quand c’est trop dur, demandez à Jésus :  Maintenant vous écoutez en moi ». Depuis, cela fait quatre ans, il y a des moments où il me semble que je ne peux plus en entendre davantage et alors je dis « Jésus, maintenant c’est vous qui écoutez ».
 
La prison est un endroit dramatiquement difficile, souvent imprégnée de péché et d’agression. Alors, qu’est ce qui nous attire en cet endroit ? Dans cet océan de péché, je vois l’énormité de Sa grâce. Dieu travaille là, comme s’il y était obligé, comme s’il ne pouvait pas s’empêcher d’aimer. Il ne se retire pas. Et, en plus, il semble content que nous, les sœurs, nous le suivions là ; il donne, se courbe, jamais ne méprise ni ne se détourne de quelqu’un. En Le voyant prendre tellement soin d’eux, nous voulons approcher, nous aussi, et recueillir ces perles rares de pure grâce.
 
 L’année dernière, Kasia est venue à la préparation au sacrement de confirmation. 22 ans, belle, pleine d’enthousiasme, avec un caractère si vivant que bien souvent, elle finit en cellule d’isolation pour mauvaise conduite. Quand elle a commencé à prier, son monde s’est complètement renversé. Elle a commencé à aimer lire l’Ecriture, et elle a même amené ses compagnes de cellule à réciter ensemble le chapelet de la Miséricorde. Elle a de l’autorité : elle appartient à la plus grande mafia tzigane de Pologne. Bien qu’elle jure comme un charretier quand elle est en colère, sa relation avec Jésus est si franche et si directe que c’est bon d’entendre ce qu’elle partage. Et la vie peut être dure pour elle. Une des caractéristiques des mafieux est qu’ils ne cessent pas leurs activités, même en prison. Cela fait que Kasia prie souvent le Saint Esprit et il lui montre le chemin pour sortir de situations désespérées. Un jour, Kasia m’a demandé : « Ma Sœur, pourriez vous aller voir Patryk ? C’est un homme très méchant, mais si on le rencontre, il se convertira. » J’ai paniqué. Une autre sœur a décidé d’aller, mais Patryk a refusé de la rencontrer. Cependant un an après, il s’est porté volontaire pour la préparation à la confirmation ! Il est venu, un homme fort et bien bâti, chef d’un groupe influent dans la prison ; il s’est présenté devant moi en disant « Voilà ma sœur, Kasia m’a dit que vous me remettriez sur le chemin et me voici.» Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire : « Vous savez, Patryk, je ne change la vie de personne. Il y aura plusieurs rencontres et vous choisirez vous-même votre chemin.». Six mois après, voilà Patryk persuadant un autre condamné d’aller se confesser : « Viens, allons- y. C’est comme une piqûre, ça fait mal, mais c’est nécessaire». D’autres sont sortis de leurs cellules pour voir si Patryk allait réellement se confesser: Une heure s’écoula et il sortit en retenant difficilement ses larmes mais le visage illuminé. « Merci, ma sœur. Je ne savais pas que j’avais tant de péchés. Si quelqu’un m’avait dit cela il y a deux ans, je me serais moqué de lui. » Qu’arriva-t-il ensuite ? Quand les autres ont vu cela, ils ont voulu venir à nos réunions : les prisonniers d’un des secteurs les plus fermés de la prison ! Je dois ajouter que Kasia sera la marraine de confirmation de Patryk. Ensemble ils on démarré cette avalanche de la grâce de Dieu.
 
Pour terminer, je voudrais parler de ce condamné de 17 ans, qui a dit à nos volontaires : « Merci de venir nous voir toutes les semaines. Vous savez, ici il y a beaucoup de propositions et de réunions. Mais personne ne veut être avec nous pour de bon. » Cette expression est si importante ! Cela pourrait-il être une définition de l’amour? Peut on dire qu’aimer c’est vouloir être avec quelqu’un?
 
« Père, ceux que tu m’as donnés je veux que là où je suis ils soient aussi avec moi »(Jn 17, 24). La prière de Jésus au Père et son désir d’être proche de nous, même des pécheurs, touchant le fond, ceux qui sont en prison, me fait vouloir être avec ceux qui sont si facilement mis de côté ou simplement abandonnés.
 

Marta  fmm
 
 
 

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